Mot de la présidence

LangisMichaud

Mon ami Yogi

Je crois profondément que rien n’arrive par hasard dans la vie. À preuve récemment au retour d’un congrès, je parcours les pages d’un magazine et tombe sur une citation qui m’accroche : « You've got to be very careful if you don't know where you are going, because you might not get there »

Cette pensée vient d’un personnage marquant de mon enfance; Yogi Berra, joueur de baseball coloré, qui a été souvent cité pour ses maximes, dont la plus célèbre est : « It ain't over till it's over ». Face à la réalité qui nous entoure, ceci est porteur d’une vérité et d’une vision assez lucide.

Cette citation de Berra me fait par ailleurs penser à la dernière Assemblée générale annuelle de l’Ordre où l’on a  présenté aux membres l’évolution de différents dossiers, notamment celui de la modernisation du secteur oculovisuel. Les échanges qui y ont eu lieu nous indiquent que les communications de l’Ordre n’ont pas été suffisamment claires ou explicites, ou alors que certains membres n’ont possiblement pas pris connaissance des informations communiquées concernant le processus d’actualisation (ou de modernisation) des champs d’exercice dans le secteur oculovisuel et les enjeux afférents. Peu importe la raison, nous comprenons qu’un effort supplémentaire doit être mis en place afin de s’assurer que tous les membres comprennent la nature et la portée de l’exercice de modernisation auquel notre profession est soumise; les enjeux étant importants.

Cela s’inscrit évidemment dans un contexte particulier où l’inquiétude des membres est palpable. Les récents événements dans le secteur oculovisuel confirment que les cartes sont en train de se rebrasser. Une consolidation du marché est en voie de s’opérer à une vitesse risquant d’évoluer et certains se sentent menacés. Les grands joueurs se positionnent et la prochaine étape incontournable est sans doute une augmentation de l’intégration verticale, marginalisant le rôle des intermédiaires que sont les professionnels dans le marché de l’optique. Il est donc clair que, pour les optométristes, nous en sommes à un tournant majeur. 


 

If you don’t know where you are going, you might wind up someplace else– Yogi Berra

Où s’en va-t-on ? D’abord un petit rappel des faits...

2008-2009
Mise sur pied de 2 groupes de travail par l’Office des professions regroupant l’Ordre des optométristes (OOQ) et l’Ordre des opticiens d’ordonnances (OODQ), concernant différents enjeux, dont celui du personnel d’assistance et de la vente de lentilles cornéennes par Internet.

Dépôt du rapport du comité conjoint OOQ-OODQ sur la vente en ligne. L’autre comité ne s’est jamais entendu sur un rapport commun.

2011
Constitution par l’Office des professions d’un comité d’experts sur la modernisation du secteur oculovisuel, présidé par Mme Monique Laurin et composé de 2 optométristes, 2 opticiens d’ordonnances, 1 ophtalmologiste et 1 représentante du public.

Consultation des membres par l’OOQ sur l’organisation actuelle et la modernisation du secteur oculovisuel et dépôt d’un premier avis de l’OOQ auprès du comité d’experts.

Septembre 2012
Avis complémentaire de l’OOQ déposé au comité d’experts, concernant les médicaments et les soins oculaires. (Ces demandes tiennent notamment compte des modifications adoptées en Ontario).

Novembre 2012

Dépôt du rapport par le comité d’experts sur la modernisation du secteur oculovisuel.

Hiver 2013
Consultation des membres par l’OOQ sur les recommandations du rapport du comité d’experts (sondage et rencontres).

Été 2013
Début des échanges avec le Collège des médecins et autres intervenants concernant les recommandations du comité d’experts et la modernisation du secteur oculovisuel.

Sondage SOM sur le rôle du personnel d’assistance.

Septembre 2013
Période de consultation sur le règlement d’autorisation d’activités au personnel d’assistance en optométrie (membres, autres ordres et associations professionnelles, regroupements du secteur oculovisuel).

Automne 2013
Rencontre d’informations des membres, regroupements du secteur oculovisuel et associations de protection du consommateur.



Bien que pour l’instant, les orientations finales retenues par l’Office ne sont pas connues, il est important et primordial de bien comprendre ici le processus dans lequel nous sommes plongés. D’abord, il s’agit d’un exercice qui a touché plusieurs professions, et ce, suite au rapport du Groupe Bernier publié dans les années 1990. Nous ne l’avons pas initié, mais nous devons y participer. Plus précisément, ceci implique une révision du champ de pratique qui tient compte des avancées de la formation et la pratique des professionnels impliqués. Par ailleurs, il ne s’agit pas ici d’une négociation de type « give and take ». On ne perd pas parce que l’on gagne ailleurs. Plus concrètement, l’Office ne nous autorisera pas le glaucome en nous demandant de céder la réfraction.

Il faut souligner que pour toutes les professions qui sont passées par cet exercice, le champ de pratique s’est redéfini. Pour chacune des professions, l’Office a proposé une série de changements jugés nécessaires pour l’amélioration des services à la population et la protection du public. En étant très réaliste, la modernisation entraînera donc nécessairement un changement du champ de pratique des optométristes et des opticiens d’ordonnances. Par conséquent, le statu quo n’est pas une option qui sera retenue, même si nous voulions en défendre les vertus. Prétendre le contraire, serait d’occulter la vérité. Pire, c’est induire en erreur les optométristes et les berner dans l’assurance tranquille d’un immobilisme réconfortant. Nous pouvons remettre en doute la teneur des changements, mais en nier les conséquences serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Notre message doit être clair : nous ne pouvons pas tromper les optométristes sans devoir remettre en question notre engagement et en payer le prix.

Il nous est par ailleurs impossible d’éviter ce processus. L’expérience démontre que la politique de la « chaise vide », de « boycottage » ou de la contestation à outrance du processus ne contribue en rien à régler les enjeux qui préoccupent une profession. L’Ordre se sent d’autant plus confortable à poursuivre les travaux conjointement avec les autres intervenants afin de finaliser ce dossier dans la prochaine année puisque les orientations que nous défendons ont fait l’objet de consultations multiples auprès des membres. Entre 2011 et 2013, ces consultations ont d’ailleurs permis à près de 500 optométristes de se prononcer pour chacun des sondages.

"It is important to rethink one’s perspective on their practice approach from time-to-time. Yes, we all are creatures of habit and prefer to do what we know, but a master-level clinician is one who is always trying new approaches, refining their skill-set, and taking on new approaches to managing their patients.. – Citation de JJ. Nichols tirée du CL Today, Newsletter du 21 juin 2014

Cette citation résume bien notre comportement traditionnel en optométrie. Le Dr Nichols est un expert mondialement reconnu et l’éditeur de la revue Contact Lens Spectrum. Bien qu’universitaire, il est branché sur le terrain et sait de quoi il en retourne. Il décrit ici ce qui peut sembler une option pour certains, soit ne rien changer nos habitudes. Il indique cependant qu’ainsi, on se prive d’une évolution nécessaire à l’amélioration de nos capacités cliniques. En adoptant la même logique, l’optométrie québécoise sera mieux servie si l’on se permet de penser en dehors de la boîte et de considérer de nouvelles avenues, de revoir nos modus operandi, de se remettre en question. Sinon, on se condamne au recul… puisque tous les autres, autour de nous, bougent vers l’avant.

The future ain't what it used to be.– Yogi Berra

Les faits sont inéluctables : la population vieillit et ses besoins oculaires et visuels changent. En conséquence, la profession d’optométriste se voit confier une plus grande place en première ligne, sans toutefois délaisser ses racines et sa nature profonde. La majorité des patients nous consultant le font d’abord pour des besoins visuels, mais plus d’entre eux viendront pour des besoins de santé oculaire. 

Ce virage demande des ajustements dans l’organisation de notre pratique (horaire, nombre de salles et d’optométristes, présence d’opticiens d’ordonnances, du personnel d’assistance et d’ophtalmologistes, etc.) ainsi que des changements concernant le recours à la technologie pour améliorer les services cliniques, mais aussi pour mieux gérer les communications avec nos patients. Il faut aussi prévoir l’acquisition de nouveaux appareils ou logiciels. Bref, de nouvelles pressions économiques s’exercent sur nos pratiques, et ce, à un moment où le marché se mondialise et les marges de profit diminuent.

Comme je l’ai dit à l’Assemblée, « refuser de voir cette réalité c’est porter des lunettes roses ». Les dernières lunettes roses utiles que j’ai vues étaient portées par des poules afin qu’elles ne s’attaquent pas entre elles (les lunettes roses masquent le sang et n’incitent pas la poule à picorer ses congénères).   Ne souhaitant pas que l’optométrie se comporte ainsi, il faut envisager l’avenir autrement qu’à travers des filtres rosés. Sans présumer de ce qu’il sera en définitive, il faut tout de même avoir le courage d’envisager toutes les options qui constituent le cœur de notre profession afin de décider quelle piste d’atterrissage représente la meilleure pour le patient.

Puisqu’en fin de compte, c’est de lui qu’il est question et que nous devons nous soucier. Cela demandera des changements importants dans l’organisation de nos pratiques et le regroupement des professionnels entre eux apparaît comme une incontournable réalité devant les pressions que les industriels exercent sur le marché. <

 

It's pretty far, but it doesn't seem like it.– Yogi Berra

Tous ces changements semblent lointains pour la plupart des optométristes dans leur pratique. Il suffit toutefois de côtoyer nos collègues canadiens et parler à des intervenants de l’industrie ou même d’analyser l’expérience américaine, pour voir que pourtant l’avenir est demain.

Internet change le profil des consommateurs non seulement sur le plan de leurs habitudes de consommation, mais aussi sur la connaissance qu’ils ont de leur condition et des attentes face à nos services. Le service professionnel doit être valorisé, plus spécialement afin que le patient comprenne la plus-value de la lentille ophtalmique obtenue dans un contexte professionnel, avec tous les services professionnels requis. Parallèlement, ce service professionnel doit être identifié, tarifé et explicitement démontré, et ce, en favorisant la transparence de la facturation de ces services.

Ceci résume bien le défi qui nous attend : le statu quo ou l’adaptation et la migration vers une pratique orientée vers la collaboration et la valorisation des services rendus.

Et comme le dirait mon ami Yogi… " If you come to a fork in the road, take it ".

Dr Langis Michaud, optométriste
Président

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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