Mot de la présidence

LangisMichaud

Les vraies affaires !


Ces temps-ci, j’écoute beaucoup mon ami Ron. Plus qu’à l’habitude du moins, car au moment d’écrire ces lignes, la fièvre des séries bat son plein et nous voici enfin rendu, comme le dit mon ami radiophonique, dans les vraies affaires. Du moins celles qui semblent être véritablement accrochées au cœur des Québécois. Soyons réalistes, une confrontation au printemps Boston-Canadiens rive davantage les gens devant leur écran qu’un débat des chefs en campagne électorale!  Étant un partisan assumé des oursons, je ne peux les en blâmer et je dois avouer que je retire pratiquement autant de plaisir à assister à la joute sur glace printanière, et entendre les commentaires de Ron par la suite, qu’à celle qui se passe dans l’arène politique. En effet, l’une et l’autre sont similaires; meublées des mêmes comportements, d’un langage qui dépasse parfois la pensée, de gestes douteux, commis dans le feu de l’action, de stratégies de départ qui se heurtent à la réalité changeante du terrain et qui demandent de réaligner le tir.  


Ron en a rajouté une de plus l’autre soir. En effet, il tentait  de nous convaincre qu’un des joueurs de la Sainte Flanelle était un exemple pour les autres, de par son éthique de travail, autant dans les pratiques que durant les parties. Un mot :  « éthique » qui a également résonné très très fort durant la dernière campagne électorale, de même que tous les soirs où l’on assiste aux reportages sur la commission Charbonneau. Un mot qui devrait également résonner pour nous, dans un système professionnel où le public hausse ses exigences en la matière en demandant davantage de transparence et d’information. Cette nouvelle réalité et l’évolution de nos pratiques nous ont interpellés, puis nous ont amenés à mettre en place un chantier visant la révision du Code de déontologie des optométristes.


Il y a sans doute fort longtemps que vous avez consulté ce document important qu’est votre Code de déontologie. Pourtant, ce code est aussi important à votre pratique que le Code de la route l’est pour vos déplacements en automobile. L’enfreindre résulte aux mêmes conséquences, vous vous exposez à recevoir un billet d’infraction et devoir faire face à des conséquences.


Les travaux préliminaires de révision sont amorcés et une première mouture du Code révisé verra le jour prochainement. S’ensuivra une vaste et large période de consultation qui permettra d’en raffiner le contenu. Idéalement, l’adoption du Code par le Conseil d’administration se fera d’ici la fin de l’année pour être ensuite transmis pour adoption à l’Office des professions.


Il s’agit là d’un exercice important qui n’a pas été fait depuis longtemps. Il est nécessaire afin de s’adapter à la réalité moderne des pratiques tout en maintenant les plus hautes exigences. Depuis 15 ans, de nouveaux joueurs sont apparus, l’environnement économique a changé et la pression sur les professionnels s’est accentuée. En conséquence, le libre exercice de notre jugement professionnel est parfois entravé. C’est pourquoi la refonte du Code s’intéressera tout d’abord à définir ce que constitue le jugement professionnel et intégrera de nouveaux articles permettant de préserver ce libre exercice du jugement professionnel en dehors de pressions commerciales ou d’autres professionnels.


À titre d’exemple, certains fournisseurs offrent, outre les rabais de volume courants, certains incitatifs pour l’atteinte de cibles de vente (voyages, ristournes déguisées en honoraires, rabais sur d’autres produits,  etc.) Bien que cela n’ait jamais été autorisé, des informations suggèrent qu’au cours des dernières années un certain glissement serait survenu. La révision du Code vise donc à le rendre plus explicite, en cette matière comme dans d’autres,  et indiquer plus clairement quelles sont les pratiques interdites ou qui ne seront plus tolérées. Dans le même sens, la question des systèmes de « points de fidélisation » (Aeroplan, Air Miles, etc.) ainsi que des cartes fidélité des fournisseurs (médicaments d’origine vs génériques) sera également scrutée, notamment en lien avec l’alignement que prendront les pharmaciens en ce sens, eux qui ont amorcé une réflexion profonde et sérieuse sur ces enjeux. Tout comme ces derniers, il est certain qu’à titre d’optométristes, il faut se préoccuper des influences externes et commerciales sur nos pratiques . Encore ici l’on tentera de trouver les meilleurs moyens afin de protéger l’exercice du jugement clinique des optométristes, propriétaires comme travailleurs autonomes, en le soustrayant de ces facteurs d’influences commerciales, notamment lors de la prescription de produits optiques ou pharmacologiques.


Dans un second temps, il faudra être attentif au droit du patient d’obtenir l’information pertinente afin qu’il consente aux soins qu’il reçoit et celui de faire exécuter l’ordonnance à l’endroit de son choix, sans aucune entrave. À ce sujet, il faut noter qu’il existe une perspective bien réelle que l’optométriste puisse être obligé de remettre systématiquement l’ordonnance aux patients sans qu’ils en fassent la demande, et ce, tel que l’a recommandé le comité d’experts du secteur oculovisuel. La consultation nous aidera à déterminer quelle avenue doit être privilégiée pour la protection des droits du public à cet égard.  


Outre ces particularités, une harmonisation avec le Code déontologique des médecins, qui est en voie d’être modifié, sera nécessaire ainsi qu’avec celui des pharmaciens qui est également en cours de modernisation.. Les professionnels de la santé travaillant de plus en plus en multidisciplinarité, il faut tenter d’harmoniser nos règles déontologiques le plus que possible. Nous sommes dans la même ligue après tout !


La refonte est également l’occasion d’explorer de nouveaux horizons, de se projeter dans l’avenir et tenter de prévoir les enjeux de demain... notamment en ce qui concerne la notion de pratique spécialisée en optométrie et son encadrement, enjeu partagé par tous et les organismes réglementaires canadiens. L’offre de services oculovisuels et de produits ophtalmiques Internet est bien sûr un enjeu duquel nous devons également nous préoccuper. Par exemple, quelles sont les obligations déontologiques du professionnel qui offrent des lentilles ophtalmiques en ligne? Comment prévenir l’utilisation de prête-noms par les sites transactionnels? Comment valoriser les services professionnels en bureau?  Une partie de la réponse pourrait venir d’une plus grande transparence et d’une meilleure information au patient. Ainsi, la facturation de nos produits ne devrait-elle pas refléter le montant des honoraires professionnels qui leur sont associés ?  Bref, la refonte du Code offre l’occasion de répondre à certains de ces questionnements dans le but d’aider le patient à se retrouver et surtout,  à obtenir et conserver sa confiance.


En conclusion, cet exercice visera à insister sur l’importance de prendre le temps de discuter et d’informer adéquatement le patient qui nous confie la vision et la santé de ses yeux. L’Ordre a pour mission de protéger le public; l’éthique et la transparence de ses membres en sont des conditions essentielles.  


Et ça, n’en déplaise à Ron, ce sont les vraies affaires.

Dr Langis Michaud, optométriste

Président

 

Retour au site
Bulletin officiel de l'Ordre
des optométristes du Québec
Retour au site