Mot de la présidence

LangisMichaud

Que souhaiter ?

Petit matin : le premier café chasse doucement les brumes de la nuit. Tout est calme, pas de bruit dans la maison. Moment idéal pour se concentrer. Mission du jour : écrire ce billet avec une orientation attendue en ces premiers jours de l’année. La recette est connue : opération bilan, rétroaction, évaluation. Analyser le chemin parcouru pour apprécier celui qui s’ouvre devant soi. Puis, formuler des objectifs ou souhaits communs à réaliser dans un horizon prévisible. Je m’installe et commence à écrire. Les idées viennent rapidement, s’entrechoquent, se placent en rang. Tout devient clair. Les mots coulent sur la page, porteurs d’espoir. Soudainement survient une perte de signal. Du coin de l’œil, une nouvelle m’a accrochée. La barbarie s’est manifestée à Paris. Un voile noir recouvre momentanément la liberté. En l’espace d’un instant, nous sommes tous devenus solidaires.

Comment continuer à penser normalement après un tel événement? Conséquence presque immédiate; la perte des repères permettant de relativiser les choses. Une fois la commotion passée, une réalité s’impose : nos enjeux professionnels et personnels apparaissent bien petits en regard de ceux touchant l’humanité entière. Et puis une autre :  on demeure stupéfait que la défense de certaines convictions puisse pousser des personnes qui se sentent remises en question à réagir de façon disproportionnée et inappropriée aux événements qui les touchent, alors que notre monde, professionnel, économique ou social, est davantage habitué au dialogue et débat rangé.

Les remises en question peuvent être parfois dérangeantes. Elles n’en sont pas moins essentielles afin de s’adapter à de nouvelles réalités et assurer l’évolution des choses. Ceci est vrai autant pour les individus que pour les organismes ou sociétés. L’année 2014 en est la preuve, car elle aura permis à l’Ordre de se pencher sur certains dossiers de nature à créer des remous, mais dont la mise en chantier est nécessaire afin de  maintenir la qualité des soins professionnels et ainsi assurer la protection du public.

Un premier dossier fut celui de l’encadrement du travail du personnel d’assistance. Depuis plusieurs mois, l’Ordre a déposé un projet de réglementation à ce sujet afin de pallier à  une rupture de service à la population, et ce, notamment en région où la pénurie d’opticiens d’ordonnances est plus grande. Des échanges avec l’Office des professions et le Gouvernement du Québec se sont poursuivis toute l’année dans un contexte de changement de gouvernement. Nouveaux venus, nouvel effort de pédagogie, mais en maintenant le cap. Les décideurs changent, mais la réalité et les constats demeurent les mêmes : dans l’état actuel des choses et pour l’avenir prévisible, le personnel d’assistance est essentiel à nos pratiques, notamment en lunetterie ophtalmique. Un encadrement et la réussite d’une formation reconnue sont toutefois souhaitables en termes de protection du public.

L’implication des optométristes en première ligne des soins oculaires est un autre dossier important. Des discussions se sont poursuivies toute l’année avec le Collège des médecins afin de définir de nouvelles normes en matière de soins thérapeutiques ainsi que de la contribution optométrique aux soins entourant l’exérèse de la cataracte et l’exercice du dépistage de la rétinopathie diabétique. De nouvelles responsabilités sont certes  en vue, mais un nouvel encadrement également afin de revoir nos façons de faire.  Dans cet exercice, nous nous doterons d’un guide clinique commun permettant de clarifier et concrétiser l’exercice thérapeutique des optométristes, en collaboration avec les médecins de famille et ophtalmologistes. Bien qu’à une certaine époque, un tel encadrement soulevait une opposition chez certains optométristes, y voyant une atteinte à notre autonomie, il faut admettre qu’après dix ans de pratique avec les thérapeutiques, il n’existe pas d’autres façons de garantir la qualité des soins oculaires que l’adoption d’un cadre d’intervention et de normes communes basées sur des données probantes. Cela signifie aussi d’adopter un langage commun afin de mieux collaborer et de mieux se comprendre, sans toutefois remettre en question notre compétence, ni notre jugement clinique.  Cette façon de faire assure ainsi un traitement équivalent pour le patient, qu’il soit vu en optométrie, en ophtalmologie ou en médecine générale.

Comme troisième élément, le Code de déontologie des optométristes est actuellement en cours de révision, la version en vigueur ayant été adoptée il y a plus de vingt ans. La profession et nos responsabilités ont néanmoins changé depuis et les patients sont aussi devenus des consommateurs, ce qui nous impose une mise à jour du cadre déontologique. Parallèlement à l’incorporation des professionnels, les stratégies commerciales des tiers œuvrant dans le marché ont beaucoup évolué, le nombre d’optométristes propriétaires a diminué au profit des travailleurs autonomes et la technologie impactant nos pratiques n’a cessé de se développer. Cette évolution rapide nous oblige donc à rehausser les normes d’éthique. C’est d’ailleurs ce qui  a suscité une réflexion profonde se basant sur trois principes fondamentaux. D’abord, favoriser l’exercice du jugement professionnel en encadrant les pratiques commerciales pouvant l’influencer. Ensuite, réaffirmer clairement le respect des droits du patient, dont celui d’avoir accès à une information complète et transparente avant de donner son aval à la fourniture de soins ou de produits. Finalement, l’application des règles à tous, peu importe le  statut d’optométriste. Ce nouveau code fera par ailleurs l’objet de discussions en 2015 et chacun aura l’opportunité de le commenter. Des discussions intéressantes sont notamment à prévoir quant aux règles touchant la remise de l’ordonnance, la transparence de la facturation ainsi que les normes relatives à l’exercice à titre de professionnel autonome.

Un quatrième dossier sur lequel se penche l’Ordre est celui du rôle de l’optométriste auprès des enfants avec un trouble  d’apprentissage, ce qui toucherait jusqu’à un enfant sur quatre au Québec. La vision de l’enfant est une priorité depuis longtemps à l’Ordre et, plus récemment, des efforts particuliers ont été consacrés à l’importance de la vision dans le processus d’apprentissage. De récentes discussions nous ont permis de renouer les échanges avec les autres professionnels œuvrant en milieu scolaire afin de mieux connaître les rôles et réalités de chacun. La volonté est de développer des outils communs à tous les intervenants, entre autres des outils de communication afin de créer une véritable synergie. Il est également souhaité de décloisonner l’exercice des uns et des autres afin de permettre à une pluralité d’optométristes d’assumer leur rôle. Une approche multidisciplinaire est préférable dans ce domaine et tous les optométristes du Québec seront invités à y contribuer en collaboration avec les personnes impliquées en milieu scolaire. Dans ce dossier, un encadrement basé sur les données probantes assurera une collaboration efficace et une compréhension commune de ce que l’optométriste peut apporter à cette équipe.

L’Ordre se dotera finalement, d’ici la fin de l’année, d’un plan stratégique, soit le premier de son histoire. Il s’agit d’un travail essentiel afin d’identifier nos valeurs en tant qu’organisme et de pouvoir s’y référer, pour chaque décision que l’on aura à prendre et chaque action qui sera initiée dans les prochaines années. 

Que souhaiter? Que l’ensemble de cet exercice nous amène à mieux réaliser les mandats de l’Ordre. Que l’on puisse aussi donner tous les outils à l’optométriste pour qu’il exerce au sein d’une équipe multidisciplinaire sur le terrain, et ce, au bénéfice du patient qui le consulte. Souhaitons aussi que le patient  et les autres professionnels prennent conscience du bénéfice d’une vision binoculaire équilibrée et des yeux en santé.

Puis,  que l’on puisse ensemble remettre périodiquement des choses en question afin d’évoluer, de s’adapter et bonifier notre rôle sereinement et sans a priori  ni préjugés, mais sans jamais oublier nos racines et la nature profonde de notre exercice, celui qui fait ce que nous sommes depuis 100 ans. Voilà, ce que je souhaite vraiment. si.  

Dr Langis Michaud, optométriste 
Président

 

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des optométristes du Québec
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