Mot de la présidence

Perception

Définition: idée, compréhension
plus ou moins nette de
quelque chose.

Synonymes : appréciation,
impression, croyance,
etc.

« Perception », c’est le mot
qui m’est venu à l’esprit
en premier lors de ma
lecture du dernier numéro
de Protégez-Vous.

D’abord la mienne : j’ai toujours été un peu ambivalent face à ce magazine issu de l’Office de la protection du consommateur. Un titre un tantinet provocant, mettant en garde les consommateurs, victimes potentielles, contre tout ceux avec qui ils transigent. Aussi, en tant qu’optométriste, la lecture de ces enquêtes que Protégez-Vous publie régulièrement sur la lunetterie peut être assez frustrante. On ressort généralement de cette lecture avec une impression de banalisation à outrance de la lunette ophtalmique, réduite à un simple bien de consommation courante, souvent détaché des services professionnels qui devraient l’accompagner. On se dit alors qu’on aurait souhaité que les consommateurs, nos patients, aient accès à une information plus complète et puissent ainsi comprendre, comme nous, l’importance d’obtenir les services professionnels appropriés et de choisir le bon produit, en fonction de leurs besoins.

Ensuite, la perception des consommateurs. Ceux-ci y voient généralement une source fiable d’information, presque parole d’évangile, les guidant dans les dédales de la consommation. Preuve en est la longévité du magazine et la couverture médiatique dont il bénéficie. Il n’est probablement pas exagéré de dire que ce magazine est perçu comme une institution au Québec, un peu comme l’est Consumer Reports aux États-Unis.

C’est donc avec ces pensées que j’ai entrepris la lecture du dossier spécial « Enquête lunettes » du dernier magazine Protégez-Vous. Est-ce que ma perception du sujet est la même que celle de mes patients qui lisent ces mêmes pages?

Agréable surprise : hormis une mauvaise information sur l’obligation de fournir la distance interpupillaire, l’article ne verse pas trop dans le sensationnalisme, présente le point de vue des différents acteurs rencontrés et base les conclusions sur des données issues de l’expertise de nos collègues de l’École d’optométrie. C’est un vrai travail journalistique.

Constat : le marché change. La technologie s’améliore permettant une meilleure qualité de produits vendus sur le web. Pour nous, rien de nouveau sous le soleil, mais qu’en est-il pour les patients?

Il en va de même pour tout ce qui touche, et qui touchera, notre profession dans le futur. La perception de nos patients face aux changements et à l’évolution de notre profession n’est peut-être pas toujours en adéquation avec la nôtre. Il faut s’en inquiéter et travailler à garder et renforcir le lien de confiance que nous avons avec nos patients pour qu’ils partagent notre vision des choses.

Cette reconnaissance et cette confiance que nous avons acquises en tant que professionnels de l’oculovisuel nous ont été bénéfiques par le passé avec l’expansion du champ de pratique, la juste rémunération et la reconnaissance de notre rôle en lien avec la réussite scolaire qui en sont des exemples.

Elle a aussi bien servi nos patients qui ont accès à des soins de première ligne de qualité.

Il n’en tient donc qu’à nous de continuer à faire évoluer cette relation de confiance que nous avons avec nos patients, avec ouverture et transparence. Il nous faut aussi impérativement nous soucier du point de vue du patient qui doit sentir et comprendre que les changements qui le touchent sont faits dans son intérêt.

Tout est une question de perception, si bien illustrée par cette allégorie :

Trois tailleurs de pierres travaillent sur un chantier. Quelqu’un passant par là leur demande ce qu’ils font.

« Je taille des pierres », soupire le premier.
« Je construis un mur », répond le second.
« Je bâtis une cathédrale », s’exclame le troisième.

Et vous, quelle sera votre réponse quand un patient vous demandera ce que vous faites?

Dr Éric Poulin, optométriste
Président