La myopie chez l'enfant

SITUATION PARTICULIÈRE DE LA MYOPIE

 

 

Définition

Il s’agit d’un problème de focalisation des images devant la rétine qui fait en sorte que la vision de loin est embrouillée, mais qu’elle peut demeurer claire de près. Le patient voit donc de façon floue en vision éloignée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La problématique

Le taux de myopie dans la population nord-américaine de 12 à 50 ans a doublé dans les derniers 20 ans alors que celui de forte myopie a progressé de 8 fois pour cette même période. 

 

La forte myopie est associée à un risque plus important de développer des pathologies oculaires significatives : le glaucome (14 fois), des déchirures et anomalies rétiniennes (8 fois), et des cataractes (3 fois). La forte myopie peut aussi être associée à une atteinte maculaire conduisant à une perte significative de la vision, voire la cécité légale.

 

La myopie apparaît habituellement vers 12-14 ans et évolue pendant 8-10 ans, puis se stabilise. Cependant, dans les dernières années, la myopie apparaît plus rapidement, notamment dans les pays où le taux d’adultes myopes est plus élevé. Plus la myopie apparaît tôt, plus la personne a de chances d’atteindre un niveau de myopie forte et donc d’augmenter le risque de pathologie.

 

La myopie est maintenant reconnue comme un problème global de santé publique en raison de ses conséquences négatives sur le fonctionnement des personnes atteintes et ses complications pouvant mener à la cécité.

 

Symptômes et prévalence 

  • Plissement des yeux pour voir au loin;
  • Difficulté à identifier les détails et à voir au loin;
  • Maux de tête ou certaine tension autour des yeux après un effort pour voir au loin;
  • Personne trébuche plus facilement ou se bute dans un endroit non familier.

 

Après la fin de la croissance, la myopie tend à demeurer stable, jusqu’à l’apparition de cataracte vers l’âge de 65-70 ans. Ceci étant, certains environnements de travail sont propices à générer ou à faire accroître la myopie à l’âge adulte. 

 

Les premiers éléments de prévention de la myopie consistent à bien en observer le développement chez l’enfant, puis à consulter l’optométriste au moindre doute de dysfonction visuelle.

 

En 2010, la myopie atteignait 1.4 milliard de personnes dans le monde. Ce nombre devrait augmenter à 2.5 milliards en 2020 en l’absence d’intervention en santé publique. Les taux varient d’un pays à l’autre. Dans les pays de l’Afrique et en Inde on compte 10 % de myopes alors qu’en Europe on en dénombre 23 % et en Asie le taux oscille entre 46 à 83 %.

 

 

Facteurs de développement

La myopie est d’origine multifactorielle, mais s’explique d’abord par la génétique. Ainsi, les risques de devenir myope augmentent de trois fois si un des deux parents est atteint et de sept fois si les deux parents sont myopes. Plusieurs gènes ont été associés au développement de la myopie, ces gènes s’expriment toutefois différemment selon l’environnement dans lequel l’enfant est placé.

 

Ainsi, l’intensité du travail de près est un facteur qui est associé au développement de la myopie. Les enfants qui lisent plus de 30 minutes sans pause et plus de 2 heures par jour, ceux qui lisent plus de deux livres par semaine développent davantage de myopie que les autres. Également, les personnes les plus scolarisées sont davantage myopes.

 

La vision binoculaire (coordination des yeux) et l’hétérophorie (déviation naturelle du patient en vision de près) sont des éléments qui peuvent augmenter l’importance de la fatigue visuelle de près. C’est notamment le cas des patients plus myopes, présentant une difficulté à faire la focalisation au près et/ou qui présentent une déviation naturelle des yeux vers le nez (ésophorie), qu’elle soit manifeste ou non.

 

Plus récemment, le lien entre la vision de près et la progression de myopie a été approfondi. Ainsi, il est maintenant suggéré que ce n’est pas le fait de voir au près ni l’intensité de l’activité de lecture qui est nuisible, mais bien l’adaptation constante de l’œil à voir à des distances différentes durant tout le temps passé en lecture, à l’ordinateur, ou en visualisant un écran de téléphone. En effet, lorsque la personne travaille sur écran, elle doit focaliser à la distance de ce dernier (environ 55 cm), puis sur le clavier (40-45 cm) et sur les documents posés sur le bureau (60-90 cm). On peut consulter des éléments sur un babillard au mur (75-100 cm) puis la vision est également dérangée par une image en mouvement, passant dans le champ visuel de la personne. Un collègue entre dans le bureau, les yeux focalisent maintenant à distance. Bref, les yeux vont et viennent en fonction de diverses distances de focalisation, et ce, dans un temps rapproché. Les mécanismes neurologiques sous-jacents à une accommodation continue au près seraient susceptibles d’augmenter les flous perçus par l’œil et ainsi le pousser à augmenter la myopie.

 

Ces facteurs de risque peuvent être contrebalancés par le taux d’activité effectué à l’extérieur de la maison. En effet, bien que certaines conclusions contradictoires existent à ce sujet, les plus récentes données indiquent que le fait de passer plus de temps à faire des activités à l’extérieur contribue significativement au ralentissement de la progression myopique, surtout chez les jeunes d’âge primaire.

 

 

Effets cliniques

La simple myopie n’est pas un problème en soi, puisqu’elle se corrige bien. C’est le risque de détérioration de la santé oculaire liée aux fortes myopies qui préoccupe les organismes de santé publique. Ainsi, ralentir la progression de la myopie de 30 à 50 % permet de maintenir le jeune myope en deçà du seuil critique où il voit le risque de pathologie oculaire augmenter grandement.

 

 

Traitements

Plusieurs méthodes ont été suggérées afin de réduire la progression de la myopie. Ces méthodes ne peuvent pas éliminer ou réduire la myopie déjà installée, mais peuvent ralentir la progression de 30 à 80 % dès qu’elle apparaît cliniquement et que son évolution a été confirmée.

 

Lentilles ophtalmiques

La correction de la myopie peut s’effectuer grâce à des lunettes ou des lentilles cornéennes spécialement conçues à cette fin. Chez l’enfant, selon la progression de la myopie, certains types de lentilles seront à favoriser. Des lentilles ophtalmiques de contrôle de la myopie et des lentilles cornéennes multifocales peuvent être recommandées. Par contre, la disponibilité de ces produits étant relativement récente, il n’existe que peu d’études sur leur efficacité. Il faut donc demeurer prudent à l’égard de cette option.

 

Orthokératologie

Il est possible de recourir à l’orthokératologie, une procédure visant à réduire l’intensité, de même que la progression de la myopie, en appliquant sur la cornée des lentilles cornéennes rigides perméables à l’oxygène. Ces lentilles possèdent des courbures adaptées à la cornée de l’individu, qui remoulent la surface de l’œil en l’aplatissant. L’individu doit porter ces lentilles durant la nuit et les enlever au réveil. Dans la majorité des cas, la personne recouvre une vision claire sans avoir recours à une autre correction optique durant la journée. Toutefois, lorsque les lentilles ne sont pas portées, la cornée reprendra peu à peu sa position initiale et l’effet de correction s’amenuisera.

 

Il faut noter que l'utilisation de l'orthokératologie afin de réduire la myopie a ainsi un effet temporaire bénéfique et qu’elle est réversible si l'utilisation des lentilles cornéennes est interrompue.

 

Notons par ailleurs que les lentilles utilisées en orthokératologie doivent être portées de nuit, ce qui augmente le risque potentiel d’infection oculaire, pouvant aller jusqu’au développement d’un ulcère cornéen. La surveillance des parents et une hygiène stricte doivent être observées afin d’éviter ces complications.  A ce titre, l’optométriste est tenu de s’assurer que le patient et ses parents (si le patient est mineur) peuvent manipuler les lentilles de façon sécuritaire, qu’ils ont eu l’information requise quant à leur entretien et sont au fait des signes pouvant laisser croire à la présence d’une infection ou d’une anomalie au plan oculaire, dans lequel cas ils doivent consulter rapidement leur professionnel.

 

Méthodes pharmacologiques

Le recours à de la médication a été suggéré depuis quelques années afin de ralentir la progression de la myopie. Le but de l’approche par médication est de relâcher la composante accommodative (qui permet à l’enfant de voir au près) et d’agir sur certains récepteurs qui encouragent la croissance de l’œil myope.

 

De récentes études font état de bons résultats obtenus avec des concentrations réduites d’atropine. Le recours à la médication demeure cependant une approche complémentaire, pour les cas qui ne peuvent être stabilisés avec les méthodes plus courantes, ou chez les enfants qui ne peuvent pas porter de lentilles cornéennes. Ces méthodes sont toutefois assez récentes et les recherches sur celles-ci peu nombreuses, pour l’instant. Afin de valider l’effet de cette approche à long terme.

 

Style de vie

Encourager l’enfant à jouer dehors semble être un changement de style de vie qui permet de réduire la progression de la myopie. Plusieurs études ont prouvé que les activités extérieures permettaient de réduire la progression de la myopie de 30 à 40 %. De plus, les enfants qui jouent dehors de 40 à 90 minutes par jour sont moins myopes en général que les enfants de même âge et de même groupes qui passent plus de temps à l’intérieur, notamment en lecture ou en jeu à l’ordinateur.

 

L’explication serait que l’enfant, en condition extérieure, sollicite moins son système visuel. Ce dernier ne se concentrerait que sur des objets à l’infini et n’aurait pas à établir la focalisation entre diverses distances, en temps rapproché, comme lorsque l’on travaille au près ou sur écran.

 

Les rayonnements solaires et l’exposition à la lumière pourraient également jouer un certain rôle.

 

Ergonomie visuelle

En sus d’encourager l’enfant à jouer dehors, il faut également adapter l’environnement de lecture afin de minimiser la fatigue oculaire. En effet, l’usage extensif de l’ordinateur, ou l’accroissement du travail sur écran, dans le temps, sont reconnus comme des facteurs augmentant la progression de la myopie.

  • Éclairage adéquat, en limitant les sources de réflexion parasite ou les grands contrastes;
  • Positionner l’écran et les éléments de travail à une distance similaire;
  • Faire des pauses fréquentes (20 secondes, aux 20 minutes), en relâchant l’effort visuel de près;
  • Limiter les heures de lecture et travail à l’écran, notamment chez les plus jeunes patients.

 

 

Quand consulter ?

L’optométriste peut diagnostiquer la myopie à tout âge. Ainsi le calendrier normal des examens doit être suivi (6 mois, 3 ans et 5 ans, puis annuellement par la suite).

La myopie progresse avec la croissance normale de l’enfant. En moyenne, cette progression sera de 0.25D à 0.50D par année si aucune méthode de compensation n’est entreprise. Ainsi, un enfant myope de 1.00D à 12 ans verra sa myopie augmenter à 4.00D à 18 ans s’il suit la courbe moyenne. Cependant, une myopie débutant plus jeune augmentera plus rapidement.

Afin d’éviter le développement de pathologies oculaires reliées à la forte myopie,  les parents devraient s’informer auprès de leur optométriste afin d’entreprendre des méthodes de contrôle de la myopie si :

  • L’enfant progresse plus rapidement que la moyenne  (>0.50 D par année)
  • Si une myopie est déjà présente avant l’âge de 12 ans
  • Si un ou les deux parents présentent une forte myopie