Message de la syndique

Réseaux sociaux, sites web, groupes de discussion et autres

Rappel des règles applicables aux optométristes

Cette chronique vise à traiter de l’impact de la déontologie professionnelle à l’égard des communications personnelles (ou privées) et professionnelles, et que ce soit sur des pages web, des forums de discussion ou les réseaux sociaux ou autrement.

1. Communications personnelles en ligne

De façon courante, et dans le monde des relations de travail notamment, on essaie de dissocier la sphère personnelle de la sphère professionnelle. Or, au plan déontologique, ces distinctions ne sont pas toujours très pertinentes. Dans certaines circonstances, il peut ainsi arriver que les interventions à titre personnel ou privé aient des impacts sur la responsabilité déontologique.

Suivant ce qui ressort de la jurisprudence, elles peuvent notamment être visées l’interdiction de « poser un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité de sa profession ou à la discipline des membres de l’Ordre » prévue à l’article par l’article 59.2 du Code des professions.

Par exemple, un optométriste qui  tiendrait des propos discriminatoires ou autrement contraires à la déontologie sur son compte Instagram personnel, dans un contexte où son statut d’optométriste est par ailleurs indiqué, pourrait éventuellement voir une plainte déposée contre lui par le bureau du syndic et des enquêtes. Bien sûr, dans le cas d’activités criminelles en ligne (fraude, pornographie juvénile, etc.), l’Ordre pourrait également initier des interventions administratives ou disciplinaires, pouvant notamment conduire à la radiation.

Il faut par ailleurs rappeler que les propos tenus par les optométristes dans des groupes de discussion en ligne prétendument « privés », notamment en ce qui concerne leur profession et leurs patients, peuvent facilement se retrouver ailleurs que sur le site en question (par des copies d’écrans par exemple) et qu’il est difficile d’en limiter la diffusion.

2. Communications professionnelles en ligne

Nous devons intervenir souvent pour rappeler aux optométristes que leurs sites web professionnels ainsi que les pages ou sections créées pour leurs bureaux sur Facebook et d’autres réseaux sociaux, sont soumis aux exigences réglementaires en matière de publicité.

En effet, dès que ces sites sont utilisés pour décrire ou faire la promotion des services offerts par un optométriste, ils sont des véhicules publicitaires soumis aux règles entourant la publicité prévue notamment par les articles 81 à 87 du Code de déontologie des optométristes.

L’absence du nom de l’optométriste est d’ailleurs une infraction régulièrement constatée par notre bureau. Nous rappelons que l’indication du nom de la clinique n’est pas suffisante.

De même, toute indication de prix sur les biens et/ou services offerts par un optométriste doit avoir une période de validité même s’il s’agit de votre tarif régulier.

Par ailleurs, s’il y a des conditions et modalités particulières, les mentions « détails en magasin » ou « certaines restrictions s’appliquent » ne sont pas suffisantes. Les patients doivent connaître toutes les conditions pour profiter de l’offre avant de prendre la décision de se rendre au bureau où l’optométriste exerce.

3. Interdiction d’inclure un témoignage d’appui ou de reconnaissance

Comme c’est le cas pour les médecins et la plupart des autres professionnels de la santé, les optométristes ont la responsabilité de s’assurer que leurs publicités, incluant celles faites sur le web et sur des réseaux sociaux (Facebook ou autres), n’incluent pas de témoignages d’appuis de patients. Il faut éviter par exemple que des messages de patients, notamment s’il s’agit de témoigner de leur satisfaction à l’endroit d’un optométriste, apparaissent sur la page Facebook ou dans une section commentaires d’un site web contrôlé par ce dernier ou par une autre personne avec laquelle il collabore dans l’exercice de ses fonctions.

L’objectif n’est pas de faire en sorte que les patients ne puissent exprimer leur satisfaction à l’égard de la qualité des services rendus par les professionnels. Ils peuvent toujours le faire en privé ou suivant les moyens qu’ils jugeront appropriés, par eux-mêmes. Il s’agit plutôt d’éviter de compromettre la relation professionnel-patient, en créant une pression indue sur les patients pour qu’ils publient de tels témoignages. Il s’agit aussi d’éviter une forme de publicité qui pourrait être biaisée ou trompeuse, sachant que, bien évidemment, les témoignages négatifs ou d’insatisfaction ne seraient pas utilisés par les professionnels dans le cadre de leurs publicités.

Lors de nos discussions avec des optométristes au sujet des témoignages d’appui, ils s’inquiètent souvent de leurs obligations quant à ce qui peut être dit à leur sujet sur le Web. Évidemment, un optométriste ne peut être tenu responsable de propos tenus sur lui sur un site ou une page qu’il ne peut contrôler (par exemple, « rateMDs.com » ou d’autres sites d’évaluation semblables), à moins qu’il n’ait encouragé de tels propos directement ou indirectement.

Dre Johanne Perreault, optométriste
Syndique