Que dire de cette enrichissante journée en compagnie du Dr René Whittmer du Collège québécois des médecins de famille (CQMF) et du mouvement Choisir avec soins qui prône une réduction des examens et des traitements inutiles ou à faibles valeurs en santé, et ce, au même moment où nous travaillions à l'obtention d'un élargissement des soins que nous pouvons prodiguer.
Comprenons-nous bien, l’adoption du projet de loi 15 était non seulement souhaité, il était nécessaire pour permettre aux optométristes de jouer pleinement leur rôle en première ligne des soins oculovisuels. Toutefois, les initiatives remettant en question la manière de prodiguer des soins et touchant d'autres professions, ne peuvent que nous faire réfléchir à notre pratique.
Plus, c'est mieux, non ?
Cette remise en question des méthodes établies et des façons de faire qui semblent immuables transcende les secteurs.
Vous connaissez Luc Sirois ? Il est l'innovateur en chef du Québec (oui, oui, ça existe!)
M. Sirois est le chantre de la simplicité. Pour lui, le rôle d'un innovateur n'est pas de complexifier le monde, mais de trouver le chemin le plus court et le plus fluide pour répondre au besoin réel de son utilisateur.
Dans ses interventions publiques, il utilise la célèbre analogie marketing de la perceuse pour illustrer son crédo fondamental : innover, c'est souvent simplifier!
Doté d'un talent de conteur certain, il nous parle du gestionnaire qui a pour tâche de remplacer une perceuse qui a rendu l'âme et qui confie à son équipe le mandat de concevoir un nouvel outil. Cette équipe déploie talent et efforts pour concevoir la perceuse la plus performante, la plus technologique ou la plus sophistiquée qui soit.
Or, le vrai besoin n'était pas d'avoir une nouvelle perceuse plus performante, mais une façon de faire... un trou dans le mur. Le véritable objectif était d'obtenir ce trou de la manière la plus simple, rapide et économique possible. Toutefois, pour atteindre le bon objectif, il faut d'abord comprendre le vrai besoin.
Innover signifie parfois repenser la façon de faire pour retirer des étapes inutiles plutôt que d'ajouter de nouveaux outils.
Choisir avec soins
Simplifier, c'est en résumé le mandat de Choisir avec soin Québec qui met la pertinence des soins au cœur des priorités en santé en faisant la promotion de l’utilisation judicieuse des tests et des traitements.
Alors que les différents prestataires de soins de santé sont confrontés à une charge de travail croissante, la réduction des soins de faible valeur, des examens et des traitements inutiles, sont des moyens concrets d’alléger le fardeau et de se concentrer sur les besoins prioritaires des patients. En faire moins, c’est plus de temps pour ce qui compte vraiment.
Malgré que cette initiative vise principalement le domaine médical, la transposition à l'optométrie se fait aisément. D'ailleurs, une section du site internet de Choisir avec soindonne des recommandations pour les ophtalmologistes intitulés Les sept examens et traitements sur lesquels on devrait s’interroger. Celles-ci sont directement applicables en optométrie.
Un outil, sous forme de calculatrice, a également été développé pour aider à estimer le temps consacré à des soins de faible valeur. La calculatrice de temps nécessaire pour traiter (TNT) estime le temps passé sur les soins de faible valeur selon notre pratique et nos habitudes. Elle encourage la réflexion sur nos décisions quotidiennes et favorise la prestation de soins plus efficaces basés sur des données probantes.
Essayer par vous-même! Vous verrez que certains actes, multipliés sur une multitude de patients, consomment beaucoup de temps qui pourrait être utilisé pour voir plus de patients.
Depuis des dizaines d'années, notre profession évolue: élargissement du champ de pratique, nouvelles technologies, nouveaux traitements, nouvelles connaissances.
Bien que bénéfiques pour nos patients, toutes ces nouveautés s'ajoutent à notre pratique de base et complexifient notre travail, allongeant le temps alloué à chaque patient et diminuant d'autant celui susceptible d'en accueillir de nouveaux. Nous n'avons jamais offert de si bons soins... en quantité de plus en plus retreinte. Le mieux est l'ennemi du bien, dit l'adage.
Ce problème d'accès aux soins requis par la population n'est pas l'apanage de notre seule profession. Toutes les professions y font face et tentent de trouver les moyens d'y remédier.
Réduire les actes et les soins à faible valeur, simplifier, obtenir de l'aide d'assistants bien formés ou de collègues d'autres professions, adoption d'outils technologiques, etc. Les solutions existent, à nous de nous les approprier.
L'accès à des soins optométriques de qualité est à la base de la mission de protection du public de notre ordre professionnel. Plus largement, c'est aussi un enjeu important pour tous les acteurs de l'écosystème du secteur oculovisuel.
L'Ordre ne peut à lui seul changer les pratiques. Il peut guider, permettre le changement, fournir les informations utiles et pertinentes à la prise de décision, mais ultimement, c'est au professionnel que revient de choisir sa pratique et à l'optimiser, chacun dans sa réalité.