MOT DE LA PRÉSIDENCE

MOT DE LA PRÉSIDENCE


Par le Dr Éric Poulin, optométriste et président


 

Le passé garant de l'avenir

Rarement a-t-on vu pareille unanimité quant au bonheur de passer à une nouvelle année et au soulagement d’enfin laisser derrière nous cette annus horribilis ainsi que les deux sujets qui ont monopolisé toute l’attention: la Covid-19 et les frasques du président de la république voisine.

Comme chaque année, la période des fêtes, particulièrement tranquille et propice à la réflexion cette année, nous permet de faire le point sur les mois précédents et de tenter de définir ceux qui viendront. À pareille date l’an dernier, cet éditorial promulguait que 2020 serait l’année de l’optométrie (la numérologie le montrait clairement: 6.6.2020 !!) et détaillait la liste des projets que nous voulions voir se réaliser. Force est de constater que la pandémie a bousculé notre agenda et nous a obligés à revoir nos priorités. L’année 2020 n’aura donc pas été l’année de l’optométrie… ou bien l’a-t-elle été encore plus que nous l’espérions?

LE PASSÉ

L’année écoulée aura été riche en rebondissements, en enseignements et en reconnaissance.

D’abord de la part des autorités: l’obligation qui nous a été donnée d’offrir des services d’urgence au printemps, liée au fait que nous avons pu continuer d’offrir nos services pendant le resserrement des mesures de confinement cet automne, prouve, si cela était encore nécessaire, que les optométristes jouent un rôle essentiel en ce qui a trait aux services oculovisuels de première ligne.

Ensuite, et encore plus important, la reconnaissance de l’importance de nos soins par la population. L’achalandage record dans les cliniques n’est pas seulement le résultat du retard lié à la fermeture du printemps. Nous assistons à une réelle hausse de demandes de consultation de la part de nos patients qui présentent des problèmes visuels liés à une utilisation accrue des écrans, répercussions directes des adaptations du travail et de l’école découlant de la pandémie.

On peut arguer que c’était prévisible. Un peu comme si tout le monde, profitant du confinement pour se remettre en forme, s'était mis au jogging. Les professionnels des soins physiques auraient à coup sûr eu droit à tout un florilège de mots en “ite”: bursite, périostite, tendinite, écœurantite!

Mais notre situation est différente. Les changements apportés par la pandémie aux mondes du travail et scolaire risquent d’être durables. Ils entraîneront une utilisation accrue des outils technologiques et avec elle des problèmes oculovisuels déjà bien documentés comme le syndrome de vision informatique (ou fatigue oculaire numérique).

Certains craignent même une vague post-pandémie de myopie (Covidopia) due à l’augmentation du temps d’écran, du travail de près et de la diminution correspondante des activités à l’extérieur.

Et quoi penser des problèmes potentiels liés à la surexposition à la lumière bleue?

La situation constitue un vaste laboratoire et nous sommes aux premières loges pour en évaluer les impacts.

L’AVENIR

Cela nous ramène à l’importance de notre contribution auprès de nos patients.

Au cours des dernières décennies, notre profession a connu un développement accéléré dans plusieurs domaines: diagnostic et traitement de différentes pathologies oculaires, réadaptation de TCC, lentilles cornéennes spécialisées, contrôle de myopie, etc.

Pour plusieurs d’entre nous, ces avancées ont conduit à considérer comme moins importants des volets de notre expertise comme la réfraction, la binocularité et la dispensation.

La situation actuelle nous montre avec acuité (si j’ose dire!), l’importance de notre rôle historique en ces domaines.

OPTO (OEIL) MÉTRIE(MESURE): ÉTUDE DE LA VISION ET MESURE DES ANOMALIES DE LA VISION

C’est notre ADN. Le rôle premier de notre profession. L’importance de l’anamnèse pour bien comprendre les plaintes et les symptômes asthénopiques rapportés par les patients. L’importance de la réfraction, de la binocularité et du traitement des déficiences visuelles par orthoptique et lentilles ophtalmiques. Et surtout, l’importance de conseiller, éduquer, conscientiser les patients sur les divers aspects qui touchent leurs yeux et leur vision.

C’est un peu ironique que ce soient les problèmes découlant des changements dus à l’ère du numérique qui nous rappellent l’importance de la vision, de son évaluation avec précision, de sa correction adéquate et de la valeur de l’expertise professionnelle.

Dans un monde de plus en plus numérique, c’est vers des humains, nous, que se tourneront les patients.

2020 n’aura pas été l’année que nous avions anticipée, mais elle aura montré l’importance du rôle essentiel que nous aurons à jouer dans l’avenir.

Et comme chacun sait, l’avenir, c’est du passé en préparation (dixit Pierre Dac) et quel beau passé se sera!